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Féminisation des instances dirigeantes

Retour sur l’intervention de Francesca Aceto à la CCI France Italie

Publié le 23/02/2018 à 11:03

Francesca Aceto, Présidente de SNCF au féminin, était le 22 février 2018 à Milan, pour une rencontre organisée par la Chambre de Commerce française en Italie (dont elle est membre du Conseil) sur la thématique de la féminisation des conseils d’administration.

Comme la France, l’Italie a adopté dès 2011 une loi de quota de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Les dispositifs portent une même intention d’impulser la culture de la mixité au plus haut des organisations pour la faire ensuite cascader dans l’ensemble du tissu économique. Mais les approches ne sont pas tout à fait identiques : un minimum de 40% de femmes dans les CA en France contre 30% en Italie ; un panel de sanctions prévu par le texte Copé-Zimmermann versus un modèle plus incitatif dans la loi Mosco-Golfi qui envisage le quota comme une mesure temporaire…

Les résultats sont sensiblement aussi probants de part et d’autre des Alpes : la France atteint 42% en 2017 et l’Italie 35% ; autrement dit, les objectifs fixés par les textes législatifs sont atteints.

Par ailleurs, de mêmes effets de la mixité sur la professionnalisation des CA s’observent : en France comme en Italie, les profils de femmes entrées dans les Conseils à la faveur des quotas témoignent d’un âge inférieur mais d’un niveau plus élevé de diplômes que les profils d’hommes appelés à de telles fonctions. Mieux formées, les femmes qui entrent dans les CA italiens sont moins souvent cooptées par un membre de leur famille que ne le sont leurs pairs masculins. Mais le vrai changement, dit Gabriella Gavezzotti,COO South Europe de Edenred et membre du Conseil d’administration de VINCI, c’est que la féminisation de la gouvernance des organisations a été moteur pour la transformation des pratiques, comprenant notamment des systèmes plus précis et mieux pilotés d’évaluation de la performance. Un constat similaire a été établi en France : l’entrée des femmes dans les conseils d’administration, de plus en plus souvent à l’issue d’un cursus diplômant dédié, aura favorisé une meilleure efficacité et une plus grande transparence du fonctionnement de ces instances.

Voilà qui met sérieusement à mal les arguments d’opposition aux quotas au nom du principe méritocratique. Certes, la question de la compétence mérite d’être posée quand des mesures d’action positive « réservent » des places à une catégorie de la population. Les femmes elles-mêmes ne sont d’ailleurs pas toujours à l’aise avec des dispositions qui pourraient laisser entendre en creux que leur légitimité n’est pas spontanément reconnue. Mais l’esprit des quotas, vus comme un moyen d’impulser une dynamique d’accélération dans la lutte contre le plafond de verre, n’est pas trahi : ils ont bel et bien permis à des femmes de talent d’avoir l’opportunité de faire leurs preuves. Avec succès.

Aussi, pour Domenico Zaccone, ex-CEO de SaraLee, membre du conseil du Forum de la Méritocratie et soutien actif du mouvement HeForShe, il est indispensable d’articuler notre vision de la compétence avec des convictions fortes sur la diversité. En effet, après des décennies où les critères de la légitimité ont recoupé trop étroitement ceux d’un style viril de leadership, il est temps d’engager une vraie réflexion sur ce qu’être compétent·e signifie par-delà nos perceptions stéréotypées des figures de pouvoir. C’est un grand mouvement de réflexion sur les besoins réels d’une économie et d’une société devenues trop complexes pour se contenter d’un style unique de leadership qui doit présider à notre conception des aptitudes des individus à prendre des rôles de dirigeant·es.