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Musiciennes et pionnières

Ces quatre musiciennes atypiques qui, à différentes époques, ont ouvert de nouvelles voies en façonnant chacune un style singulier.

Publié le 11/12/2020 à 9:00

Éliane Radigue : la papesse de la musique électro-acoustique

Égérie de la musique électronique française, figure fondamentale de la création sonore expérimentale et contemporaine, artiste inclassable… Les titres ne manquent pas lorsqu’il s’agit de présenter Éliane Radigue qui fêtera ses 89 ans au début de l’année 2021.

On pourrait ajouter qu’elle est une musicienne et une compositrice au parcours exigeant et radical. « Il y a une certaine musique que j’avais envie de faire. C’était celle-là et pas une autre », dit-elle souvent pour définir l’art sonore qu’elle pratique en toute indépendance depuis plus de soixante ans. Inconnue du grand public, son parcours discret est à l’image de celui de beaucoup de créatrices, dans l’ombre des grands artistes masculins. Elle est pourtant de la taille des Boulez ou Dutilleux. Aujourd’hui encore, elle continue de creuser son sillon musical personnel et absolu et ses musiques sont jouées dans les grand festivals internationaux. Pianiste et harpiste de formation, elle a produit l’essentiel de ses pièces singulières avec un synthétiseur (l’ARP 2500) et se consacre désormais à des œuvres acoustiques. Ses compositions tirent de la dimension spirituelle de son travail leur caractère méditatif.

 

Kate Bush : l’icône de la pop féminine

En France, elle est surtout connue pour les immenses succès que furent dans les années 1980 ses Wuthering Heights, Babooshka, Running Up That Hill et le duo Don’t Give Up avec Peter Gabriel. Dans le monde anglo-saxon, c’est une autre chanson ! Véritable icône pop, cette interprète, auteure et compositrice est une source d’inspiration pour nombre d’artistes féminines majeures. Patti Smith, Björk, Madonna, PJ Harvey, pour ne citer qu’elles, ont salué l’audace, l’intégrité et l’originalité de sa démarche.

Insaisissable, avant-gardiste, indépendante, cette « sorcière du son » a surgi de nulle part en 1978 alors que la Grande-Bretagne vivait les derniers élans de sa période punk et que s’amorçait la new wave. Elle n’avait pas encore vingt ans et s’est immédiatement imposée avec Wuthering Heights (référence au roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent), une chanson à l’étrangeté lunaire, à contre-courant de toutes les modes. Kate Bush, avec sa voix de soprano, était déjà différente. Aucune femme auteure-compositrice avant elle n’avait connu un succès aussi massif avec une pop bizarre qui ne devait pas grand-chose au rock’n’roll. Elle n’a sorti que dix albums studio en plus de quatre décennies de carrière. Discrète, secrète, elle a toujours su imposer ses choix et défendre son indépendance.

 

Yelle : pionnière de la nouvelle vague pop féministe

Découverte sur Internet en 2005, via le réseau social My Space, Yelle (Julie Budet de son vrai nom) compte déjà quatre albums à son actif.

Au départ, la jeune Bretonne fait les beaux jours de la tecktonik (vous vous souvenez ?) avec Parle à ma main et sa reprise d’À cause des garçons. Mais c’est surtout Je veux te voir, riposte très « cash » aux paroles sexistes des rappeurs en général et au groupe TTC en particulier qui la fait connaître avec son compagnon, DJ Grand Marnier. Le titre devient très vite populaire et est repéré par un label indépendant.

La suite est une série de productions pile dans l’air du temps mais toujours décalées, un mélange hybride de danse, d’humour et de tacles. La franchise de Yelle, ses clips décomplexés, très « girl power », ont ouvert la voie à une génération de chanteuses post-MeToo comme Angèle ou Clara Luciani. Dans l’actuelle vague pop qui s’inspire de la variété des années 1980 tout en empruntant aux dernières trouvailles rap et électro, Yelle, fait figure de pionnière.

 

Anne Sylvestre : une sorcière (pas) comme les autres

Souvent restées dans l’ombre du succès de ses « Fabulettes » qui ont bercé plusieurs générations d’enfants, Anne Sylvestre est aussi l’une des auteure-compositrice-interprète qui a le plus chanté les femmes, leurs vies, leurs difficultés, leurs doutes et leurs espoirs.

C’est aussi l’une des premières à avoir chanté ses propres textes, sur ses propres musiques. « Pendant très longtemps, il y avait beaucoup de chanteuses mais elles chantaient des chansons écrites par des hommes, c’est-à-dire qu’elles chantaient ce que les hommes avaient envie d’entendre… Et ça a été un peu déconcertant je pense d’avoir des femmes qui arrivaient, puis qui disaient, avec leurs mots » confiait-elle en 2015.

Le terme de chanteuse « féministe » qui lui était souvent donné fut parfois lourd à porter de son propre aveu : « Je suppose que ça m’a freinée dans ma carrière parce que j’étais l’emmerdeuse de service, mais ma foi, si c’était le prix à payer… ». En 1973, deux ans avant la loi Veil, elle défendait le droit à l’avortement dans Non, tu n’as pas de nom. Elle a aussi soutenu la cause du mariage homosexuel dans Gay, marions-nous ! en 2007. En 2013, elle publie Juste une femme, un acte #metoo avant l’heure,

Jamais tout en haut de l’affiche, mais toujours présente dans le paysage musical français depuis la fin des années 1950, Anne Sylvestre, incarnait une chanson ciselée, intelligente, indémodable, dans le sillage d’un Georges Brassens ou d’un Guy Béart.

Elle est décédée à l’âge de 86 ans, le 30 novembre dernier.