Octobre Rose : le témoignage d’Isabelle, entre cancer du sein, travail et engagement

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Isabelle Rouhaud est responsable du contrôle de gestion à la direction financière d’ICF Habitat, où elle travaille depuis 30 ans. En 2019, elle a appris qu’elle avait un cancer du sein.

Pour Octobre Rose, elle partage son parcours et son engagement auprès d’Odyssea.

Accepter de lâcher prise

Tout commence par une petite boule, découverte un matin en sortant de la douche. Le diagnostic tombe quelques semaines plus tard, suivi de deux opérations et d’un traitement lourd. Isabelle pensait reprendre le travail rapidement. Elle choisit finalement de s’arrêter un an pour se consacrer à sa guérison.

Pour cette manager, le plus difficile n’est pas seulement physique : « Il a fallu accepter de laisser mon équipe. » Sa responsable reprend aussitôt le service en direct, et le lien ne se rompt pas : ses équipes lui écrivent, sa hiérarchie aussi, et même des collègues qu’elle croisait à peine lui envoient des messages sur LinkedIn.

Dans le silence du confinement, où son traitement est un temps suspendu, Isabelle découvre une vérité qu’elle n’attendait pas : « J’avais l’impression que l’entreprise allait s’arrêter sans moi. Et en fait non, ça continue de tourner. C’est une belle leçon d’humilité. Personne n’est indispensable, et j’avais peut-être besoin de passer par là pour le comprendre. »

Son retour se fait en douceur, d’abord en mi-temps thérapeutique. Un rendez-vous la marque durablement : celui avec le médecin du travail. Il prend le temps de lire tous ses comptes rendus d’hôpital et lui explique que le corps a besoin d’un an pour se remettre des traitements. Isabelle, qui s’en voulait de ne pas retrouver son énergie, a dû apprendre à se laisser ce temps. Un an plus tard, tout était revenu.

Avec le soutien de sa manager et de la DRH, un protocole de reprise progressive est construit sur mesure. Il lui permet de retrouver, pas à pas, son rythme et ses repères.

Odyssea, un rendez-vous du cœur

Son lien avec Odyssea est né bien avant la maladie. En 2012, la maman d’une amie très proche, est emportée par un cancer du sein. Chaque année, avec un groupe de copines, Isabelle court et marche aux côtés de son amie, la photo de sa mère avec elles. En 2019, le rendez-vous change de sens : cette année-là, on marche aussi pour elle.

Depuis deux ans, elle est passée de l’autre côté des barrières, comme bénévole. Distribution des t-shirts, ravitaillement, orientation des coureurs sur le parcours dès 6h30 le dimanche matin. « On peut donner de l’argent quand on le peut. Mais prendre de son temps, s’engager physiquement, c’est autre chose. C’est une manière de remercier tous ceux qui se sont occupés de moi. »

Et c’est aussi, pour elle, l’un des sens profonds du partenariat porté par le réseau SNCF Mixité : « Grâce au réseau, nos collègues peuvent participer. Ça permet d’être solidaires entre nous dans un cadre professionnel, et ce ne serait peut-être pas le cas sans cette initiative. »

Prévenir, encore et toujours

Pour Isabelle, Octobre Rose n’est pas une simple date au calendrier. « On n’a pas encore vaincu cette maladie. » Sensibiliser, c’est d’abord rappeler aux femmes de ne pas repousser leurs examens. « On se dit souvent qu’on ira au prochain rendez-vous. On pense d’abord aux enfants, aux autres. Mais c’est notre santé, et quand on n’a plus d’énergie, c’est toute la famille qui en pâtit. » C’est aussi soutenir la recherche et les soins de support, ces perruques que certaines femmes ne peuvent pas s’offrir, ces dons de cheveux qui changent un quotidien.

Ce qu’on peut faire, nous, collègues

À celles et ceux qui côtoient une collègue touchée par la maladie, Isabelle ne demande pas grand-chose, et c’est peut-être là l’essentiel. Pas de conseils, ni de grands discours : « Il y a des maladresses, mais ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est de savoir qu’on est entouré. » elle confie.

L’essentiel selon elle, se résume à écouter, prendre des nouvelles, et surtout continuer à parler d’autre chose : de l’avancée d’un projet, de la vie du service, des petits riens du quotidien ; pour ne jamais réduire une personne à ce qu’elle traverse.

Aujourd’hui, Isabelle a remis le travail à sa juste place. Il est important et épanouissant, mais jamais au point de prendre toute la place. Et quand le quotidien reprend le dessus, une petite voix la rappelle à l’ordre : « N’oublie pas. »

Sensibilisation

Plus de 15 000 nouveaux cas de cancers gynécologiques sont diagnostiqués chaque année en France, hors cancer du sein.

Le dépistage et la prévention jouent un rôle essentiel : frottis, test HPV, vaccination… N’attendez pas pour vous faire dépister.

Et lorsque la maladie survient, des solutions existent pour accompagner le retour ou le maintien dans l’emploi : mi-temps thérapeutique, aménagement du poste de travail… N’hésitez pas à en parler avec la santé au travail.

Ressources
→ IMAGYN, association de patientes : imagyn.org
→ Mon Réseau Cancer Gynéco, plateforme d’entraide de Patients en Réseau https://www.monreseau-cancergyneco.com